• Richard Chamberland

Entrevue avec le Pharmachien- Partie 1: L'Impharmation et la maîtrise avec Chantal

Dernière mise à jour : 29 juin 2020

C'était en décembre dernier que j'ai fait une entrevue avec Olivier Bernard, alias le Pharmachien, en plein dans la fin de session. Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais je me suis embarqué dans tout un projet, d'autant plus que la 3e année du Pharm.D. ne laisse pas grand place aux projets... (Prenez note, chers lecteurs en 1ère et 2e année, c'est quelque chose). Bref, c'était un échange des plus intéressant que j'ai eu avec M. Bernard. Très inspirant. Je vais vous le décliner en quelques parties qui couvrent différents sujets. Bonne lecture! :D

Rédacteur en chef de l’Impharmation

Et oui! Le Pharmachien était rédacteur en chef de l'Impharmation lors de son passage à la faculté! Puisque sa carrière journalistique a finit par décoller, je voulais savoir c'était comment à ses premiers balbutiements...

C’était comment l’Impharmation dans ton temps?

C’était l’équivalent d’une page Facebook, mais papier. Pour informer les étudiants, les comités avaient leurs sections pour informer les étudiants sur les activités facultaires et parascolaires, ou pour présenter leurs membres. Au travers, on trouvait les articles des rédacteurs. C’était une époque préréseau social. Quand un exemplaire sortait, tout le monde allait s’en chercher une copie et la feuilletait en classe. Ça servait aussi à nous divertir. Les études en pharmacie sont longues et exigeantes. Alors les étudiants voulaient surtout être divertis en lisant le journal étudiant. À cet effet, je me disais que l’on a tous une passion en dehors de la pharmacie et l’Impharmation donnait l’opportunité à quelqu’un d’intégrer sa passion à travers les études. Mon rôle de rédacteur en chef était de fournir cet exutoire.

Quel genre d’articles écrivais-tu?

Souvent, je faisais des articles un peu satiriques. Par exemple l’hôpital de l’Enfant-Jésus avait acheté une ensacheuse. Les journalistes disaient que cela remplacerait les pharmaciens dans le futur. J’ai donc écrit un article sur la pharmacie du futur où les robots remplacent les pharmaciens et où il faut traverser un parcours à obstacles à la Indiana Jones pour se rendre à l’aire de consultation, chose rarissime à cette époque. Il y avait aussi la rubrique des « Pas-là » (ndlr : jargon de l’époque pour quelqu’un d’incohérent). Je demandais à tout le monde de notes les trucs drôles qu’on entendait en classe et de me les envoyer après. Un moment donné, j’écoutais en classe plus pour noter les pas-là que pour apprendre la matière! Pour le visuel, je faisais aussi des collages avec la tête de personnes sur d’autres personnages. Au bout du compte, quand j’entendais les gens ricaner en classe en feuilletant l’Impharamation, je savais que j’avais fait ma job.

Comment tu t’y prenais pour motiver les gens à participer?

J’allais devant les classes pour solliciter les étudiants à rédiger pour l’Impharmation. Il fallait pratiquement supplier les gens pour qu’ils écrivent des articles et il s’agissait souvent des mêmes. Par exemple, un rédacteur faisait une critique de nouveaux albums de musique alors qu’un autre écrivait des poèmes. Dans le temps, il n’y avait pas de page Facebook, pas de liste de diffusion par e-mail… Quand on avait un message à passer, on allait parler au début d’un cours alors j‘y allais à tous les niveaux. C’était un peu gênant en fait, notamment quand j’étais en première année et que j’allais parler devant les 3e années. C’était intimidant, mais c’était une bonne expérience quand même.

Qu’est-ce que tu dirais aux étudiants par rapport à l’implication et au partage d’information?

Ça ne paraît peut-être pas avec le pharmachien, mais je suis quelqu’un de très introverti, solitaire et assez timide. Quand j’ai commencé l’université, je me suis forcé à m’impliquer dans des activités qui me sortiraient de ma zone de confort. Par exemple, en plus de l’Impharmation, j’ai aussi été metteur en scène du Galien pendant deux ans et j’ai fait un numéro de comédie sur la pharmacie. C’est honnêtement parmi mes expériences les plus enrichissantes.


Études graduées

Selon me recherches, tu as fait une maîtrise avec Chantal Guillemette. Parle-moi de tes études graduées…

Dans le fond, je pense que, dans la classe en pharmacie, j’étais comme une espèce de mouton noir. C’était clair pour moi que je n’allais pas faire juste faire de la pharmacie. Je regardais toujours les opportunités connexes. J’ai fait plusieurs cours bizarres durant mon baccalauréat : un cours de marketing qui était horriblement plate, contes et légendes d’Amérique du nord, un cours de philosophie, principes de logique. Mais j’ai toujours aimé le côté plus scientifique alors j’ai fait des stages de recherche, en 2e année dans un laboratoire du Vandry et en 3e année en industrie chez Wyeth, aujourd’hui Pfizer. C’est ce qui m’a fait le plus tripper. Alors en 4e année, où nous avions une session de stage et l’autre pour nos cours à option, j’ai pris quelques cours à distance et j’ai fait de la recherche pratiquement à temps plein dans le laboratoire de Chantale.

Tu vivais la vie de rat de laboratoire!

Oui oui, c’était de la bench qu’on appelle : carrément juste faire des manips et des expériences. J’avais déjà mes propres projets. Chantale est une chercheuse incroyable. C’est une des personnes les plus incroyables que j’ai rencontrées dans ma vie. Elle fait tellement confiance à ses étudiants. Elle m’a dit dès le départ « as-tu le goût d’avoir ton propre projet et d’être autonome? » J’ai dit oui, elle m’a donné un projet et ça a été tellement formateur… Je vais lui être reconnaissant toute ma vie pour ça je pense.

Qu’est-ce que ça t’a apporté de faire une maîtrise?

Très sincèrement, quand tu termines un diplôme de premier cycle en santé, que ça soit pharmacie, médecine, ou nutrition, tes bases en sciences sont complètement horribles. On n’est pas formés en santé pour être des bons scientifiques. Je sais que c’est confrontant de se faire dire ça mais… c’est vrai. On est vraiment formés pour être des applicateurs de protocoles. Comme des ingénieurs du corps humain, on regarde des symptômes, on les associe à un diagnostic possible et on après on réfléchit en algorithmes pour établir des traitements. Aux études graduées, Il a fallu que je mette tout ça de côté. La recherche, c’est vraiment de revenir à « il y a plein d’affaires qu’on ne sait pas; Qu’est-ce que tu veux découvrir et quelles sont tes hypothèses? » 95% de ce que tu fais en recherche ne marche pas. Il faut continuellement raffiner ses hypothèses et ses expériences. C’est extrêmement confrontant quand tu as été dans le domaine de la santé et que tu réalises que c’est complètement différent.

Au fond, ce n’est pas juste d’appliquer des enseignements pour régler des problèmes… c’est créer des problèmes!

C’est comme si, en santé, on arrive avec beaucoup de connaissances. On se base sur les données probantes provenant d’études cliniques pour utiliser tel médicament avec tel mode d’action selon ce qui fonctionne. En recherche, il n’y a rien de ça : c’est tout le travail qui se situe en amont! À l’époque, on était peu initié à ça en tant qu’étudiant. Je pense que ce fut très formateur pour comprendre la méthodologie des études, pourquoi on fait une étude comme ceci ou comme cela, ce qui est bon ou pas comme méthode et les différentes diversions que des chercheurs font pour prouver leurs expériences… À mon avis, c’est vraiment ça qui m’a permis de faire le Pharmachien.

Dirais-tu que c’est grâce à ta maîtrise que tu es devenu un scientifique ?

Non! En fait, dès que tu es dans le domaine de la santé, tu es un scientifique. Il n’y a pas besoin de faire de la recherche pour être scientifique. On peut explorer la science de différentes façons et j’avais envie d’explorer le côté moins clinique, plus fondamental. Je voyais cela comme quelque chose de complémentaire.

Il y a beaucoup de professionnels de la santé qui se font embarquer dans des affaires complètement louches. Des pharmaciens qui recommandent de l’homéopathie, des médecins qui recommandent des diètes à la mode. Je suis persuadé qu’en ayant pas passé autant de temps du côté de la science pure, t’es plus à risque de te faire avoir. Des médecins qui vont croire des représentants pharmaceutiques sur parole sur des études douteuses, c’est vraiment triste de voir ça. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a quelque chose dans la formation qui permet ça. Par contre, certains ont naturellement un esprit scientifique et je ne pense pas que je fais partie de ceux-là. Je rencontre des médecins et des pharmaciens qui, scientifiquement, sont extrêmement solides. Mais ils n’ont jamais été dans le domaine de la recherche. Personnellement, je pense j’avais vraiment besoin d’explorer ce côté-là et de me familiariser avec la recherche.

Je te comprends… Après mon bac en pharmacologie, je pensais que la recherche n’avait plus de secrets pour moi après les stages que j’avais fait. Mais quand je suis rentré à la maîtrise, je me suis fait vite ramasser.

Je ne pense même pas que c’est prétentieux de penser comme ça. C’est la même chose à plein de niveaux! Quand j’ai fini mon bac en pharmacie, je pensais qu’au niveau clinique, j’étais fort! Et puis après, j’ai rencontré plein de pharmaciens d’hôpital et j’ai réalisé que je n’étais pas aussi bon que je pensais. Je pense qu’un moment donné, c’est « qu’est-ce que t’as envie d’approfondir? ». Quand tu es pharmacien, admettons, à la base, tu es comme un généraliste, comme un médecin de famille. C’est extraordinaire. Mais il y en a qui vont dire qui veulent approfondir le côté plus clinique, d’autres, la recherche, les sciences pures, le côté commercial. Je respecte ça, cette envie de certains d’explorer une facette en particulier. Après, c’est propre à chacun en fonction de ce qu’on aime et ce qui nous intéresse.

Est-ce que tu conseille aux étudiants de suivre des avenues particulières pour se spécialiser, en quelque sorte?

Non, je ne le conseille pas en tant que tel, mais je le conseille si ça leur tente. Dans ma classe, on était 140 et je pense qu’on est deux personnes à avoir eu un parcours non standard. Il y a une fille de ma classe qui est devenue chercheur et moi qui est devenu comme euh…

Pharmachien!

Dans ma classe, la quasi-totalité des gens sont allés en pharmacie dans des voies plus standard et si c’est qu’ils voulaient faire, je trouve ça nice. Aujourd’hui, en 2019, ta job, tu peux l’inventer et faire ce que tu veux avec. En 2004, on était moins au courant de ça, mais les étudiants au Pharm.D. sont conscients qu’ils peuvent travailler 20h au communautaire et faire autre chose le reste du temps. Il faut le prendre sur ses épaules. Ce que je dis aux gens, c’est, si vous avez une autre passion, développez-la. N’attendez pas d’avoir la permission de quelqu’un pour le développer parce que ça n’arrivera pas. Je voulais explorer la recherche, l’industrie pharmaceutique, la communication… J’ai essayé et je suis content de ça.

On voit l’influence de ton parcours dans ce que tu fais aujourd’hui et c’est vraiment cool.


 

Le reste de l'entrevue sera publiée d'abord dans le journal en ligne, puis après sur le site. C'est pas barbant quand c'est trop long à lire, non? Restez attentifs pour la partie 2: l'industrie et la profession pharmaceutique!

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