• Richard Chamberland

Entrevue avec le Pharmachien - Partie 3: Les aventures du Pharmachien

À ce moment-ci de l'entrevue, j'étais en route vers l'université, mon cell pluggué dans l'auto sur mains-libres. J'étirais la sauce le plus possible parce que c'était, ma foi, très intéressant. Olivier Bernard est partie prenante de la scène de la vulgarisation scientifique Québécoise. Il a d'ailleurs remporté en 2019 le prix John Maddox de la part de Nature et de l'organisme Sense about Science pour son acharnement et sa résilience dans le dossier de la vitamine C injectable. Quand, ton émission passe à Radio-Can le dimanche soir drette avant Découverte, t'es rendu quelque part...


Sur la vulgarisation scientifique

Je pensais à ton cours de logique que tu as fait pendant ton bac. Ton livre « La bible des arguments qui n’ont pas d’allure » témoigne de ton objectif d’inculquer aux gens l’esprit critique. Y’a-t-il un lien?

J’étais toujours fasciné par l’argumentation, la philosophie et la logique. Ce qui m’a provoqué d’écrire ce livre là c’est la première fois que je suis allé à Tout le monde en parle, en 2016. Avec le backlash que j’ai eu sur les réseaux sociaux qui a duré deux semaines, j’ai eu un éveil spirituel. J’ai vu le type d’arguments que le monde utilisait pour me détruire et j’me suis dit « ça me rappelle tout c’que j’ai déjà appris sur la logique et l’argumentation ». C’est là que j’ai compris qu’il pouvait y avoir un lien avec ce cours, mais j’ai quand même du tout réapprendre from scratch parce que je ne me rappelais pas du cours.

Les petits collants à la fin, c’est quelque chose.

Ah oui, ça c’est des idées bizarres de mon éditeur!

Il y a un autre point qui m’intriguait. Quel est le lien avec la profession de pharmacien dans ton contenu médiatique? Dans ton émission Les aventures du Pharmachien – où il s’agit de journalisme scientifique si on veut – j’ai l’impression qu’on voit de plus en plus Olivier Bernard lui-même plutôt qu’un pharmacien. Quand tu parles à des experts, tu poses des questions dont, en tant que professionnel de la santé, tu connais les réponses. Serais tu en train de prendre une distance avec ce rôle dans Les aventures du Pharmachien ?

C’est vraiment une bonne question. Je réalise maintenant que si on veut faire de l’éducation scientifique, ça ne sert à rien de donner les réponses aux gens. Parce que les gens n’aiment pas ça, quelqu’un qui a l’air d’avoir déjà toutes les réponses. Puis nous pharmaciens, les professionnels de la santé, les médecins – name it – c’est un peu ça qui fait qu’on a des difficultés de communication avec les gens. Ils nous voient un peu comme une autorité avec toutes les réponses toutes faites. Sauf qu’aujourd’hui ils peuvent aller sur internet lire leurs propres affaires. Ils ont plus besoin de nous en théorie. La tangente que j’ai prise depuis deux, trois ans c’est de montrer aux gens comment on fait pour arriver à des réponses. Je ne peux pas dire « Allo je suis un pharmacien, j’ai une maîtrise en génétique, puis j‘en connais ben gros, et je vais vous apprendre des affaires ». Je ne ferais pas une émission de télé sur moi qui étale mon savoir. Les gens n’ont pas besoin de ça. Les gens ont besoin d’apprendre ce qu’est la démarche scientifique. C’est pour ça que je dois jouer un peu le jeu. Admettons que j’oublie tout ce que je sais, que je ne suis pas pharmacien... Quand tu ne connais pas les réponses à une question, comment tu fais pour les trouver? J’essaie de montrer aux gens comment trouver des réponses sans avoir un bac ou une maîtrise.

Quand on cherche Pharmachien sur youtube, la 3e vidéo qu’on voit, c’est celle sur les plasters. Ce qu’on voit, c’est le gars qui aime sa job et qui trippe sur faire des vidéos, à tout comme quelqu’un qui se filmerait en train de jouer du banjo. Olivier se coupe dans sa cuisine, tombe dans les pommes et le pharmacien arrive pour parler des soins de plaies.

Maintenant on voit que Olivier Bernard, le Pharmachien, qui a vécu des épreuves sur la place publique. On connait sa blonde et son chien. C’est plus facile de s’identifier à un individu curieux que, disons, Charles Tisseyere narrateur de Découverte. C’est particulier et complètement nouveau dans le domaine de la vulgarisation scientifique. Ça tombe à point selon moi.

Mais on a besoin de ça! Il y a de la littérature sur le fait que les gens répondent beaucoup mieux à des témoignages qu’à des informations factuelles. Ce n’est pas surprenant. Alors, j’essaie d’intégrer le plus de moi-même en conservant la rigueur que j’aurais normalement. Si les gens voient plus la personne en arrière du pharmacien, ils répondront mieux à l’information transmise. C’est une façon de me rapprocher des gens et j’ai toujours essayé de faire ça avec le Pharmachien en partageant des anecdotes. Par exemple, dans mes vieilles BDs, j’allais à urgence découvrir comment ça fonctionne, ou j’avais une carie et j’essayais de comprendre pourquoi j’avais une carie à 34 ans. J’ai toujours voulu intégrer ce côté parce que je pense que les gens vont plus s’identifier à une personne qui n’est pas une figure d’autorité. J’essaie de le faire autant que possible maintenant.

Je me rappelle aussi ton cri du cœur. Le monde a catché « hey! Il y a quelqu’un qui est en train de se faire lyncher et… C’est pas juste! ». Quand on a vu que tu disais « je suis pu capable, mangez de la schnout » c’était bon, ça a donné vie au type derrière le Pharmachien. En fait, – je ne sais pas pourquoi je connais autant tes histoires –...

T’as fait une bonne job recherche d’entrevue! Hahaha!

Que veux-tu, tu es comme une petite star dans mon milieu!


 

Au début, je voulais juste poser quelques questions sur l'Impharmation dans son temps et son parcours ou ce qu'il pensait de ci ou de ça... Mais je ne pensais pas en découvrir autant sur un pharmacien au parcours aussi atypique! Je me suis adonné au journalisme cette année. J'ai eu beaucoup de mal à faire fitter ça dans la troisième année du Pharm.D., mais je suis quand même fier d'avoir actualisé l'Impharmation en blogue et en page facebook. Chers collègues, sincèrement, si vous voulez habiller pleinement votre sarrau - votre futur profession en pleine évolution - exprimez-vous. Partagez votre parcours, vos passions, vos opinions à vos collègues de classe et des autres cohortes. Le Pharm.D. est déjà assez rempli qu'il n'y a plus de place pour nous présenter des horizons différents. C'est à nous, les étudiants, d'apporter la créativité, la culture et les débats qui ont leur place légitime dans une Université.

Bon été et bonne prochaine année!


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